Ivresse livresque, II
On n'a pas assez décrit la relation charnelle entre le lecteur et le livre.
III
Le bout du doigt caresse la page offerte. Chaque livre est différent, chaque page un nouvel univers.
La page lisse et fine du papier-bible, que l'on ne touche qu'avec révérence et délicatesse de peur de les abîmer, comme les ailes fragiles d'un papillon.
Les pages plus épaisses, qui se collent à la main ouverte, comme refusant de les abandonner.
Le pouce agrippe le bas de la page. La légère courbure se marque, la pliure ne s'effacera pas. La page n'est plus vierge, elle a été lue.
Noces sacrées, liens invisibles qui nous lient, le livre et moi.
IV
C'est une erreur de dire que l'on a lu un livre quand on en connait l'histoire. Chaque livre est différent, indépendemment de l'écriture dont il est le porteur.
Edmond Dantès était bien plus enfermé entre les signes serrés de mon édition de poche que dans la claire graphie espacée du livre de la bibliothèque.
L'histoire existe, le livre existe, et l'interaction entre les deux crée l'expérience tactile de la lecture.
Je lis ce qui est écrit, ce qui n'est pas écrit, et ce que le livre m'offre, don gratuit et enchanteur de l'Aimé pour l'Aimante. De l'Amant pour l'Amante...
Aucun livre n'est pareil, aucun livre n'est identique, ce qui est semblable est différent.
Mes mots comme faible offrande face à l'immensité de ton Don.